BIBLIOGRAPHIE

Revues critiques

par Michael POLIZA

ISLANDE

TERRES D’EXTRÊMES ET DE CONTRASTES

Avec la participation de Christian Krug

ISBN : 979-10-295-0922-3
Editions de L’imprévu (http://www.leseditionsdelimprevu.fr/)
299 pages

Prix conseillé : 39.95€

À propos de l’auteur

Michael Poliza

Ambassadeur de WWF, Michael Poliza réalise des photographies lors de ses nombreuses expéditions dans les plaines d’Afrique. Michael Poliza devient rapidement l’un des photographes les plus reconnus de l’univers de la faune et de l’aventure. Ses travaux ont été rassemblés dans des livres commercialisés dans plus de 70 pays. Le New York Times déclare que son travail pourrait changer la façon dont nous pensons la photographie.

Source : Babelio

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De nombreux islandais s’inquiètent pour leur pays. Ils craignent la “ruée vers l’or” lancée par le tourisme. Ils doivent d’abord apprendre à gérer le tourisme de masse.

Christian Krug

Quatrième de couverture

Au petit matin, s’aventurer à travers les volcans et leurs champs de lave sillonnés par des rivières glaciaires. Parcourir dans l’après-midi une plage de sable noir et prendre la mer pour observer les baleines. La nuit, s’émerveiller devant le spectacle des aurores boréales tout en se réchauffant dans des sources d’eau chaude. Tel est l’incroyable voyage que nous promet l’Islande, cette « terre de glace » qui s’embrase au lever du jour. Des paysages à couper le souffle, d’une extrême richesse, qui se dessinent devant nos yeux, tantôt sous une pluie glacée, tantôt sous un ciel radieux.

Une île dont les moutons sont plus nombreux que les habitants, certes, mais qui attire plus de deux millions de visiteurs par an. Une île qui n’a cessé de forger celles et ceux qui y sont nés : face à la rudesse des éléments, on se heurte pourtant à une chaleur de vivre, une fierté indéniable de faire découvrir tour à tour fjords, cascades, canyons, glaciers.

Une île aux noms imprononçables, étranges. Que se cache-t-il derrière un Kirkjufellsfoss, ou bien un Hólmsárlón ? Michael Poliza, photographe de talent, accompagné de Christian Krug, journaliste au regard affuté et à la plume alerte, percent le mystère et nous emmènent avec eux, à la découverture de cette île merveilleuse.

Notre critique

Paru récemment, durant le second semestre 2020, l’Islande est de nouveau mise à l’honneur dans Islande avec un sous-titre « Terre d’extrêmes et de contrastes » plutôt convenu. La première impression à la découverte du livre est plus que positive : l’objet est beau, massif (il pèse son poids, gage probablement d’un papier  glacé bien épais favorisant la qualité d’impression), offre de belles couleurs avec sa livrée d’un doux bleu et la tranche des pages assortie. En couverture, une vue aérienne donne l’impression d’une aquarelle parfaitement en adéquation avec l’habit bleuté du livre.

À l’aspect esthétique du livre et sa quatrième de couverture, on soupçonne qu’il s’agit certainement d’un livre Photo qui va apporter sa « touche » supplémentaire à ce que l’on a déjà pu voir chez d’autres auteurs. J’ouvre donc la première page avec confiance et me réjouis d’avance de me promener par procuration sur les plus beaux sites d’Islande !

C’est un livre photo en très grande partie mais Michael Poliza & Christian Krug abordent par différents encarts la Culture, l’Histoire et les Légendes du pays. On y trouve même une galerie de portraits (réussis) de figures locales allant de l’unique médecin légiste du pays au directeur de l’hôtel Northern Light Inn situé à Svartsengi.  Quelques pages sont également consacrées à la faune locale – chevaux et moutons – ou encore à certains monuments comme la minuscule église de Þingvellir. On s’éloigne alors quelque peu du domaine photographique mais ces intermèdes textuels sont plaisants puisqu’ils permettent de mieux connaître et s’imprégner d’un pays qui s’est avéré rude pour ses habitants pendant bien des siècles et qui depuis quelques années connaît une massification du tourisme.

D’ailleurs, plus que subi, le tourisme a été voulu, incité et apprécié des islandais. À cela une raison principale : la crise économique de 2008 qui a été particulièrement violente pour l’Islande. La faillite économique du pays résulte de la crise, mondiale, mais trouve également son origine dans la forte corruption de certaines institutions et personnalités politiques qui a été révélée dans toute son ampleur par les événements. Corruption, mauvais choix économiques, il n’en fallait pas plus pour causer la disparition de trois plus grandes banques d’affaires islandaises. Le tourisme a représenté une réponse pour engranger de nouveaux des devises et conserver le niveau de vie des Islandais dans un pays où les ressources naturelles sont finalement peu nombreuses. La beauté du pays est sûrement son premier atout et l’Islande a misé sur cette caractéristique.

Aujourd’hui, loin de renier le tourisme, l’Islande doit l’organiser et le réguler. Ce qu’elle fait par la sanctuarisation de certaines parties de l’île qui ont besoin désormais de se régénérer après une trop forte fréquentation touristique.

Mais l’essentiel du livre est bel et bien une galerie des paysages saisis à tous les points cardinaux de l’île. Si le Sud regroupe les sites les plus connus et fréquentés, Michael Poliza prend soin de nous emmener dans des endroits plus confidentiels. J’applaudis la démarche, le fond mais je regrette finalement la forme. Et l’on vient à la relative déception que suscite le livre une fois refermé la dernière page. Car si la quatrième de couverture vante le talent du photographe et la plume du commentateur (j’ai rarement lu le contraire sur les 4ièmes), il faut bien dire que l’un et l’autre sont finalement en réalité d’un talent plus que commun.

Nous n’avons pas affaire ici à un Artiste Photographe mais à un touriste équipé d’un (bon) appareil photo. Alors, certes, Michael Poliza nous offre un bon nombre de vues prises aériennes depuis un hélicoptère pour nous faire admirer les motifs, dessins et autres arabesques des paysages mais il le fait manifestement à travers une vitre en plexiglas de bonne épaisseur. Résultat : des photos à la qualité parfois douteuses et floues assurément. Paradoxe, les photos proposées via un drone sont bien plus qualitatives.
Plus dommageable encore, l’impression que les photos soient livrées « brutes de capteur » et sans aucune préoccupation artistique ni perfectionnement technique. Aucun superbe lever ou coucher de soleil comme l’Islande doit en connaître en nombre, pas de pose longue sur les cascades (certes vues et revues) mais absence également d’avant-plan fort, de compositions recherchées, de mise en avant de la texture des roches, de la transparence de la glace, aucune conversion en noir & blanc ou de jeux de contrastes. La liste de ce qui aurait pu être fait est malheureusement longue. Il y a bien quelques essais de panoramiques mais proposés dans un livre dont le format n’est pas conçu pour cela.
On pourrait arguer que l’Islande est belle, qu’elle se suffit à elle-même, c’est vrai, indiscutablement, mais rappelons qu’un appareil photo ne sait pas qu’en de rares occasions capter cette beauté brute si le photographe n’accompagne pas la technique pour restituer la réalité de ce qui a été photographié voire la sublimer et, ultime raffinement, y apporter sa touche. Rien de tout cela ici.

Dès lors, comment qualifier le travail de Poliza ? Je dirai que les photos sont belles par ce qu’elles représentent mais sont définitivement et irrémédiablement banales dans leurs prises de vue et ne dépassent guère ce qu’un touriste lambda peut poster sur Instagram. Je nuancerai tout de même mon propos car regarder des photos grand format sur un beau papier glacé avec une impression de qualité reste une expérience toujours appréciable. Ce n’est tout de même pas la même chose que de regarder une photo, format timbre-poste, sur un écran de smartphone où, du fait de leur taille justement, les photos paraissent réussies.

Mais malgré les bonnes intentions de l’auteur et un amour manifeste pour le pays, Michael Poliza n’a pas su lui rendre justice. Quant à Christian Kurg qui nous décrit la vie et l’œuvre de quelques figures locales (en plus de descriptions de certains sites photographiés par Poliza), rien dans sa prose qui ne soit « alerte » ou « affuté » comme l’affirme la 4ième. Kurg ne se démarque pas de Poliza. C’est presque heureux car la comparaison n’en aurait été que plus cruelle pour Poliza. L’un et l’autre se valent ce qui ne sera pas un compliment dans le cas présent. En somme, le ramage n’est pas à la hauteur du plumage.

Finalement ce que l’on comprend une fois reposé ce livre, c’est que l’Islande est belle (mais qui en doutait ?) mais sans vraiment que le photographe n’y soit pour grand-chose malgré les quelques 299 pages du livre.
Ainsi, pour voir l’Islande telle qu’elle devrait être montrée et admirée, je recommanderai soit de se rendre sur place (ce qui n’est pas possible pour tout le monde, loin s’en faut) soit d’investir les quelques dizaines d’euros du livre dans un autre titre…

Cédric FOCKEU,
Janvier 2021.

Post-scriptum : à voir le curriculum vitae de Michael Poliza et les commentaires de ceux qui évoquent son oeuvre, vous pourriez vous dire que cette critique est prétentieuse voire totalement à côté de la plaque. D’ailleurs, qui suis-je pour oser le critiquer !? Pour autant, je n’enlève rien à ce que j’ai écrit et le statut de M. Poliza me ferait dire que son dernier ouvrage n’est pas à la hauteur de sa réputation. Travail de commande, erreur, ambition trop grande ou temps consacré au projet trop court, cela aboutit à privilégier le nombre de photos à la qualité. Sachant que M. Poliza est spécialiste de la Vie Sauvage, peut-être était-il hors de sa zone de confort… Pour vous en convaincre, je vous renvoie vers la galerie Islande de l’auteur

Et pour commenter ma critique, c’est juste ci-dessous. Merci d’avance !

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4 Commentaires
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Sylvain

S’il y a bien un voyage photo qui me fait rêver, c’est l’Islande !! Visiblement, un autre livre serait plus approprié pour faire ce voyage par procuration (tu aurais un conseil ?). Toutefois la galerie de M. Poliza que tu indiques dans ton lien est plutôt très agréable 😉

Sur la forme de ce premier article de cette bibliographie, j’aurai bien vu une ou 2 photos du livre ouvert 🙂

Anne LANDOIS-FAVRET

Très bonne idée cette nouvelle rubrique ! 🙂

Ta critique n’est pas consensuel, déjà c’est un bon point de départ. Je ne connais pas le photographie, ni le rédacteur ni le livre. Je rejoins l’avis de Sylvain, quelques photos de certaines pages seraient les bienvenues pour mieux se rendre compte.

Je suis allée voir sa galerie, les photos sont belles, mais effectivement pas sensationnelles. Tu as le regard du photographe nature, ce qui fait que tu es très exigent. Je trouve que certains ciels sont traités bof.

Longue vie à ta nouvelle rubrique en tout cas ! 😀

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